SUITEFrançois Seigneur Dans le cadre du parcours artistique Partage des eaux , initié par le PNR des Monts d’Ardèche, et des Echappées qui s’y rattachent, nous avons invité François Seigneur. Né en 1942 à Rémalard dans l’Orne, François Seigneur est architecte, plasticien, écrivain, musicien, et enseignant (École nationale supérieure d’architecture de Bretagne à Rennes). Il vit et travaille près de Rennes. Diplômé de l’École Boulle en 1961 et de l’École nationale supérieure des arts décoratifs en 1964, François Seigneur suit un parcours atypique : d’abord ébéniste, il s’initie à l’architecture comme dessinateur dans l’agence de Claude Parent où il rencontre Jean Nouvel avec qui il s’associe entre 1970 et 1974. Dans les années 1980, son nom est associé à des projets importants comme le réaménagement de la Régie Renault (1982) ou la réhabilitation du Théâtre National de Belfort (1983). Il remporte un succès international en 1992 en réalisant le Pavillon de la France pour l’exposition universelle à Séville, puis la scénographie de l’exposition Design, miroir du siècle – au Grand Palais, à Paris en 1993. En 1999, il expose à L’Institut Français d’Architecture « Pour ne pas mourir, je ne finirai jamais ma maison. Pourquoi finir celle des autres ? » Intéressé par le renouvellement des technologies, de l’esthétique et les questions d’économie d’énergie, François Seigneur s’y consacre depuis 2005 au sein d’Architectonomes, association dévolue à la recherche sur l’habitat écologique de demain. Il donne également à ses recherches une dimension sociale en s’interrogeant sur les logements d’urgence pour les démunis (1993) ou encore sur le bien-être des enfants en milieu hospitalier (La maison de mon Doudou, 2003-2008). Il expose dans de nombreux lieux, publics ou galeries, en France et à l’étranger. Dernières expositions : « Autonomies partagées » (Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris La Villette, mai 2016) ; « Superpositions » (Galerie Loire, ENSA, Nantes, avril 2016), « Partitions » (Galerie 6 Elvézir, Paris, février 2016).
CHÂTEAU ET JARDINS DU PIN 22e ESTIVALES - ÉCHAPPÉE
Partitions / Impressions numériques sur bâches Les terrasses ouest des jardins accueillent les Partitions de François Seigneur, dessins, pastels et gouaches édités sur bâches. Dans mes partitions, écrit-il , les notes et les rythmes sont des graphismes et des couleurs. Les harmonies sont leurs superpositions. Je donne le modèle du signe à interpréter en indiquant les matériaux, leur intensité et leur rythme (…). Contrairement à l’interprétation musicale, le tempo d’exécution sera libre. A l’opposé de la musique par laquelle il est inimaginable d’écouter simultanément plusieurs versions, les différentes interprétations de peintures seront présentées côte à côte et dans le même temps. Une présentation interactive : le public, notamment scolaire, aura la liberté d’interpréter sur place les partitions présentées (le matériel, les instruments graphiques seront mis à disposition). Toujours sur ces terrasses, une mini-forêt d'interprétations de ces partitions sont exposées : elles sont l'oeuvre d'élèves de collège et lycée du Sacré-Coeur (Privas, Ardèche) et Front-de-Mer (Pointe-à-Pitre, Guadeloupe), avec leurs enseignantes : Isabelle Descours et Anne-Marie Rey en Ardèche, Bertille Robin en Guadeloupe. Vanités / Une expansion / Peintures François Seigneur interroge notre société d'hyper consommation. Le point de départ des Vanités sont deux très grands tableaux de 2012 à l'acrylique rutilant de couleurs : dans la Vanité N°1 une femme semble jetée, face contre une montagne de déchets - comme engloutie dans une décharge sauvage d'ordinateurs, TV, aspirateurs, valises, paniers, vêtements, etc. Image terrible qui renvoie aux cadavres d'enfants migrants sur les rivages de Grèce ou d'Italie... Dans un deuxième temps, le tableau a été fractionné en 30 morceaux de dimensions identiques (celles d'un A3) : ces fragments, exposés dans la galerie du Pin, forment un puzzle - au visiteur de tenter sa reconstitution mentale. Chaque fragment acheté est remplacé par un monochrome de même taille, décliné à travers la gamme des gris. Aux murs, on voit donc à la fois la découpe du tableau d'origine et celle du monochrome. Dans le texte qui suit, écrit en 2010, François Seigneur réfléchit (vigoureusement) sur la thématique de la consommation. Installation n°2 : « HEUREUSEMENT QU’ON A LA PUBLICITÉ » Là-bas, on jette les hommes avec le reste. Enfin, je pense. Je n’ai pas tout vu. J’ai vu juste quelques bras et jambes, des corps bien habillés, propres encore. Aussi propres en tout cas que les objets parmi lesquels ils sont emmêlés. Malgré tout ce que j’ai vu, ce n’est peut-être pas suffisant pour se faire une idée, pour en être sûr. C’est loin. La route est ennuyeuse. Il faut passer la ville, les échangeurs, les feux, les champs qui se perdent et les blocs épars de bosquets gris, poussiéreux et mouillés. Il faut suivre les routes noires, piétinées par les camions lourds et les voitures qui les suivent comme les mouettes suivent les bateaux. 5.000 tonnes ? Par an, par mois, par jour, je ne sais plus la taille et le sens de ce monde qui s’amoncelle. Notre monde n’est peut-être que cet amoncellement éparpillé chez les uns et les autres aux quatre coins du monde. Pourtant je n’ai pas vu de tiroirs éventrés de fatigue, de plateaux striés d’éraflures et irrécupérables, de chaises crevées au bord de l’abandon. Les jouets n’ont pas joué, les choses sont encore nettes, presque neuves et plus nettes en tout cas, que les jambes et les dos jetés en vrac. Si on a jeté les machines avec les hommes, les machines résistent mieux. Pour que les affaires marchent, il était temps de s’en débarrasser. Comment savoir. Dépasser les bosquets gris, épars et mouillés, c’est trop loin ; ça ne nous regarde plus. Les vélos à double plateau, les machines à marcher qui n’ont pas fait le moindre pas, les tondeuses à gazon, les ordinateurs, les radios, les télévisions, les toasters, les cuisinières, que veux-tu qu’on en fasse ? Les jambes, les mains, les dos, que veux-tu qu’on en fasse ? Les têtes, les ventres, les hommes, les femmes ? Ils couraient après les images ! Ils sont tombés dedans. Si maintenant leurs nuques ou leurs pieds nous les cachent un peu, les images s’en foutent. Elles savent qu’on les regarde. Quel que soit l’écran, quelle que soit sa taille ou son état, elles sont là, insistantes, sur- colorisées, insensibles, impossible à éteindre et seulement attachées à faire leur temps de travail nécessaire à grossir la montagne d’inutilités, rutilantes de folie consumériste, jetant les enfants et les vieillards avec les congélateurs et les jeux en plastique décolorés. Que les corps décervelés s’amoncellent, elles hurleront toujours. Quel que soit l’état du ciel, quels que soient les jours, l’heure et la température, elles hurleront toujours. Qui ira les éteindre ? C’est là-bas et je n’ai rien à y faire.